En passant par San Luis

Une histoire de famille qui parle de bons mots, de ballons, de rêves et de voyages. Une histoire de famille qui parle d’aujourd’hui.

Fais tourner

Fais tourner

« Si le monde est en forme de ballon, en faire le tour peut être un but », écrit l’un.

« Une langue universelle, un mot qui nous réunit, une émotion, un but ! », ajoute l’autre.

« Parce que le monde est un ballon… on va en faire le tour ! Faites la passe ! », conclut le troisième.

Pablo, Aldo et Diego disparaissent dans le rétroviseur, leurs bons mots restent avec nous, écrits sur la carrosserie de la voiture (porte, phare, capot). Pendant un long week-end, la fratrie Miramontes nous a ouvert ses portes à San Luis Potosi, 400 km au nord de Mexico DF. L’occasion de découvrir l’histoire d’une famille dont le ballon est un membre à part entière.

Du parc de Parilly à l’Alianza Francesa

Si Diego fêtera en octobre ses 15 ans à l’Alliance Française de San Luis, il le doit un peu à Ludovic Giuly, dont il a encore un autographe « quelque part dans un bouquin, ça date de plus de 20 ans quand même ! » C’est qu’à l’époque, Diego Senior a emmené femme et enfants (les trois frères et Zarah, la hermana) vivre à Lyon. Et Diego Jr, sept ans, se souvient très bien de ses premiers jours dans son école de la Guillotière : « évidemment, j’ai commencé à jouer au foot avant de parler français. Les petits me faisaient « la passe ! La passe ! » Mais au Mexique, « la paz », c’est la paix. Et je me disais : « pourquoi ils veulent faire la paix ? » Du coup, au début, je ne lâchais pas le ballon ! (rires) » Si des embrouilles pour un ballon avec Tayeb, le caïd de la récré, remontent aussi (« mais finalement on a réussi à se comprendre et on a joué »), ce sont surtout les courses d’orientation au parc de Parilly qui ont influencé Diego. L’occasion de croiser les « grands » de l’OL, Pascal Olmeta, Florian Maurice ou, donc, Ludovic Giuly : « ça, c’était cool, ça marquait ! À l’époque, je soutenais un peu Marseille parce qu’ils avaient gagné la coupe d’Europe. Mais j’étais jeune et naïf, je ne savais pas… (rires) »

0. Aldo

Désormais professeur de français à San Luis, Diego reste « fidèle supporter à distance ». Notamment des féminines, qui lui donnent l’occasion de sortir le maillot : « celles-là, elles sont mortelles, des fois je me dis que je ferais mieux de ne supporter qu’elles. Elles cassent tout, ça fait quoi, dix ans qu’elles sont championnes de France ? (onze, et double tenantes du titre européen, ndlr) Elles sont imbattables… Parfois ils passent les matchs sur OLTV, j’en profite. C’est vrai que ce n’est pas la même intensité, mais elles jouent bien, marquent des beaux buts. » Des médailles qui ont malgré tout leur revers au moment de revenir au foot local : « dès que je regarde des matchs européens, après tu vois un match au Mexique, putain c’est pourri ! La dernière finale, c’était Rayados – Tigres, les deux équipes de Monterrey… C’était moche à voir ! J’ai eu l’impression de regarder un match de gamins qui courent tous dans le sens du ballon. » Ce gamin qu’il a lui-même été, avec ses frères Aldo et Pablo.

Le monde à tes pieds

Si Pablo n’a jamais aimé le foot que pour y jouer, engrené par ses deux aficionados de frères, Aldo a lui poussé le ballon un peu plus loin. En 2014, il était géologue au Mexique – comme Pablo aujourd’hui. En 2018, il s’apprête à terminer une formation d’entraîneur en Uruguay : « je m’ennuyais un peu, je n’étais pas très heureux, je me suis dit « le foot peut me rendre heureux. » Et j’ai essayé, tout simplement ! (rires) » Mais pourquoi la petite République orientale d’Uruguay et ses 3,5 millions d’habitants ? Pour l’évidence : « au Mexique, j’avais vu beaucoup d’entraîneurs uruguayens. Ici, le football est un truc totalement culturel, ils naissent avec un ballon, ils respirent le foot, c’est impressionnant. » Preuve en est, le nombre ahurissant de clubs locaux et de joueurs professionnels : « tout près de Maldonado, il y a une petite ville, San Carlos, 30 000 habitants environ. Il y a onze ou douze clubs de foot ! Et tu as 500 ou 600 joueurs uruguayens à l’étranger, c’est quand même fort ! Ils n’ont quasiment pas d’infrastructures, ils n’entraînent pas dans des conditions de premier niveau, mais ils sortent quand même des Suarez et des Cavani tout le temps. » Et ce depuis la première coupe du monde de 1930, organisée en Uruguay.

0. Pablo

Et demain ? À 30 ans, l’amateur du CA Peñarol de Montevideo (« Aldo, il a été pour les Chivas de Guadalajara, après il a changé pour Cruz Azul de Mexico, après, je ne sais pas ce qui lui a pris, il a tenu pour les Rayados de Monterrey », dixit Diego) voit le monde accessible par ses pieds : « je n’ai aucun problème pour partir n’importe où. J’ai un peu une idée d’essayer en Europe, en Allemagne ou en France. Mais il y a aussi des pays qui commencent à grandir dans le foot comme la Chine, les Etats-Unis, le Canada… Et il y a l’Uruguay, le Pérou, d’autres encore. Il y a du travail et moi je peux bouger, c’est parfait. » En attendant de, peut-être, se faire recruter par l’OL dont les matchs sont autant d’occasions de réviser son excellent français, Aldo reçoit ses parents et sa sœur Zarah à Montevideo, pour quelques jours de vacances.

Futbol y amor

Une famille dont les choix individuels ont en partie mené Aldo là où il est aujourd’hui. Depuis San Luis, Diego Jr se souvient de sa sœur s’enfilant trois matchs de foot dans l’après-midi avant de passer à une autre « hype » et éclaire sur les origines de la passion familiale : « mon père venait d’une famille très conservatrice. Il voulait être footballeur, mais sa mère le lui a interdit. Sauf qu’il a continué à jouer, qu’il est toujours dans une équipe et qu’il reste à fond derrière Chivas. C’est pour te dire à quel point il est passionné ! » Quant à Pathi, la maman, plus que le ballon, c’est l’amour qui l’a attirée : « quand il y a des embrouilles de couple, raconte Diego, c’est la première chose qu’elle nous sort : « je n’aimais pas le foot quand j’ai rencontré votre père ! Mais j’allais avec lui parce que je l’aimais. Et maintenant, j’aime ça. L’amour peut mener à tout ! » » À Lyon, par exemple. Ou à Montevideo. Ou même jusqu’à un Mexique – Trinité-et-Tobago au stade Alfonso-Lastras de San Luis Potosi en octobre dernier. Ce doit être ça, l’amour fou.

0. Diego

Texte et images Eric Carpentier


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PanAmerican Futbol (le film) & Un voyage en Ballon (le livre), sorties prévues printemps 2018