De Quito à Lima, de haut en bas

Depuis la reprise de notre Vaca à Cartagena, suite à l’intermède panaméen du Darien, nous avons traversé la Colombie pays chéri de l’Amérique latine (2 semaines magnifiques racontées pour nos partenaires ici et ). Si les bonnes choses ont parfois une fin, elles ont souvent une suite et nous sommes rentrés en Equateur après une dernière nuit perchés sur les hauteurs andines, à la belle étoile colombienne.

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Première bonne surprise locale, le coût incroyablement bas de l’essence – mais les files d’attentes inversement proportionnelles aux bombas frontalières. Bref, nous arrivons à Quito. Là, nous sommes accueillis par les volontaires du Plan Ecuasol, un programme de La Guilde Européenne du Raid. Le Plan assure un suivi scolaire, psychologique, nutritionnel et financier d’une cinquantaine d’enfants, jusqu’à ce qu’ils accèdent à une indépendance pleine d’avenir (par ici pour en savoir plus). Nous rencontrons ces gamins, leurs sourires et leur énergie dès le lendemain, pour de longs matchs de foot réunissant enfants, professeurs et volontaires. La journée est éreintante mais belle, les adultes nous disent leur plaisir de voir les enfants si motivés, attentifs et joyeux, nous pouvons nous effondrer… après une sortie nocturne dans la chaleur des clubs locaux. La révision complète de la voiture prévue le lendemain, vidange, graissage, ajustements et changements de roues s’en trouvera un poil plus difficile, mais peu importe le flacon, pourvu qu’on ait la graisse.

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Nous décidons en toute hâte de ne pas nous presser et de prolonger pour le week-end : il nous reste un peu de travail, le livre trouvé sur place n’est pas fini, et l’apprentissage des pas de bachata demande approfondissement. De petits matins brumeux en rêveries diurnes en passant par foot sur les toits de la ville, nous retrouvons la route à 5h lundi matin, frais comme des poissons suisses. SuSu et sa smala nous accueillent spontanément le soir, la frontière est passée difficilement le matin, et nous voilà au Pérou.

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A ce moment de l’histoire, nous sommes prêts. Prêts pour une course de fond – la descente de la Cordillère des Andes sur plus de 5 000 km – teintée de sprint – il reste moins de 3 semaines avant l’ouverture du Mondial et le Pérou, le Chili, l’Argentine, voire l’Uruguay, à traverser. La Vaca est prête, nous le sommes, nous lançons les joyeuses hostilités avec une nocturne sur la route. Au petit matin, changement de conducteur, et là, c’est le drame : un tope (dos d’âne voire d’étalon) pris à pleine vitesse. Châssis plié, boite de vitesse déglinguée, direction dézinguée, optimisme piétiné. Le plus difficile est de ne savoir ni que faire, ni à quoi s’attendre. Nos connaissances et compétences sont trop limitées : nous devons rouler les 700 km nous séparant de Lima (il n’y a pas foule dans le coin) au pas et dans l’incertitude face au prochain tour de roue. Cela fait 3 mois que nous partons le matin sans nous inquiéter de connaître notre étape du soir, mais la crainte de ne pas avoir la possibilité d’avancer nous affecte bien plus que celle de ne pas savoir où nous arrêter – on en tirera les conclusions qui ne s’imposent pas.

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A Lima, nous fonçons chez le concessionnaire Citroën local, en fait simple importateur. S’il accepte d’héberger notre Vaca en attendant de plus vertes prairies, sa solution est très, trop onéreuse et un peu de publicité ne  l’intéresse pas. Nous nous tournons vers le Musée National de l’Automobile, qui nous explique gentiment mais clairement qu’ils font leur huile avec des clients bien plus fortunés que nous qui n’avons même pas d’américaine. Pouah ! Nous arrivons alors jusqu’au contact d’un ami de l’oncle de la charmante hôtesse Citroën rencontrée dès notre arrivée. Atelier de cour – sans enseigne, il faut être invité pour y accéder -, blouses Citroën, BX en fond de garage, oeil expert et avis clair : ça s’annonce pas mal. Mais ça annonce aussi pas avant 2 semaines, l’homme est bon donc chargé, et sans envie manifeste, ou manifestement sans envie, de modifier ses plans pour les beaux yeux ronds de notre Vaca. Mais, pendant ce temps, une bouteille jetée dans un forum automobile péruvien nous est revenue avec un mot doux : l’adresse de l’Elu, l’Unique personne travaillant parfois sur des deuches, actuellement 2, paraît-il les seules de Lima. Ô joie ! Ô désespoir. Le type ferme à tout jamais son atelier dans 3 jours, et s’en va.

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A cet autre moment de l’histoire, nous sommes complètement indécis. Les ateliers visités au hasard n’ont aucune solution mais le Chili, terre d’adoption de la 2CV, est encore loin. Les avis donnés à distance sont variés, certains nous promettant les plus affreuses souffrances si nous osons aller un mètre plus en avant, d’autres exaltent la glorieuse incertitude de ce mètre et de tous les suivants. Les seconds réveillent l’esprit d’aventure qui nous anime et, puisque nous sommes de grands enfants, on décide de jouer : pile on part, face on reste.

Pile.

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En Inde aussi les enfants aiment jouer : vous pouvez les y aider !